SOUVENIR SOUVENIRS

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SOUVENIRS  SOUVENIRS

Pour ne pas tomber dans l’oubli et l’indifférence, je me ferai un plaisir de rappeler, à nos amis d’enfance et nos camarades de classe, certains souvenirs lointains qui risquent d’être effacer.  Il serait peut-être utile d’évoquer les bons moments que nous avions vécu ensemble et les principaux édifices et lieux  qui avaient marqué la ville à travers son histoire, son patrimoine culturel et folklorique. Une ville traditionnelle au charme inoubliable et où il était agréable de se promener dans ses rues, ses ruelles et ses places ornées de muriers, de caroubiers et de rosiers grimpants qui fleurissaient jadis les jardins potagers. Souvenez-vous aussi des peupliers, saules et tamaris qui bordaient l’oued qui traversait la ville sans oublier ses prairies grasses et veloutées qui offraient un paysage verdoyant unique dans la région.  Cette ville  où vous êtes né et grandi n’est pas la même aujourd’hui. L’évolution urbaine rapide a entrainé un changement radical de l’espace urbain. Commençons d’abord par ce qui est de plus important de la ville : le Bordj construit au centre de la ville au 19ème siècle avait la forme d’un caravansérail ordinaire avec des bastions aux quatre angles. Il a été rénové sous forme de forteresse d’inspiration romaine. C’est au centre qu’a débuté l’histoire millénaire de la ville. Le Bordj était le siège de la sous-préfecture. Plusieurs européens ont été successivement appelés à exercer leurs pouvoirs, tant civils que militaires. Le premier à avoir mis le pied, c’était COUTANCEAU ensuite GUISOLVET, HIRTZ, PIQUET, MARODAN, POURCEL enfin CHEIKH premier et dernier sous-préfet franco-musulman désigné à AFLOU. Sur l’angle gauche se trouve la salle de fête et la salle de cinéma dirigé par PETRI et ses fils. Parallèlement à cet édifice  se trouve le jardin public et deux locaux d’un style typiquement colonial, dont l’un est couvert d’une coupole, utilisés comme foyer militaire et mess pour les officiers français.

 

Le jardin public représente l’aspect le plus agréable de la ville, planté d’une multitude de variétés d’arbres savamment taillés,  de bosquets aux  feuilles ornementales impeccablement rangés. Au milieu se trouvait un grand bassin rempli de nénuphars et d’autres plantes aquatiques et de poissons rouges qui rehaussaient le prestige du jardin. Ce bassin a été érigé sous l’initiative de Mme MARODAN. Tout près s’élevait en plein air un pavillon réservé aux divertissements des européens : danse, pétanque etc.  Une petite stèle gravée du temps de l’occupation romaine à Aflou se tenait à l’entrée du jardin.

Sur le carrefour, s’élevait majestueusement vers le ciel un magnifique monument (stèle obélisque) d’une hauteur de 30 mètres environ, érigé en l’honneur du colonialisme triomphant, bâti en pierre taillée et pavoisé de tricolore. Au pied de ce gigantesque monument, qui représente le symbole vivant de la puissance coloniale, est gravé comme épigraphe, la mention «  A la France ».

Par ailleurs sur le côté est , se trouvaient les locaux de la SAP dirigé par LEFORT, un grand parc municipal et à proximité se dressait l’église construite au 19ème siècle. Ce grand édifice cultuel occupait une grande surface à double entrée. Cette église était orientée d’est en ouest. Elle était accessible par le coté est par des marches très larges. Côté ouest c’était la résidence du curé. Le clocher, une tour en forme de dôme, mesurait 15 mètres environ de hauteur.  Cette église était initialement dirigée par le père PILLET ensuite il fut remplacé par un aumônier militaire, Abbé Michel PROBST.

Que mes amis se souviennent du  bassin, sous forme de fer à cheval. Il représentait le symbole de la force cavalière de la région. Il avait été érigé dans un endroit approprié, construit en pierre taillée, à proximité du jardin public et parallèlement au bordj, bordé aux alentours par de magnifiques peupliers et lauriers roses qui, au printemps, donnaient un air agréable. A côté, deux autres bassins en forme d’abreuvoir, assemblés sur de la pierre de taille étaient rempli d’eau par une fontaine adossée à un mur qui coulait en permanence. Cette eau naturelle fraiche, pure et limpide n’avait pas son semblable. Ce lieu était assidument fréquenté par une caste de personnes exclusivement européennes qui venaient pour leurs loisirs avec leurs enfants, profiter de la fraicheur car l’endroit était agréable et romantique et exhalait une odeur suave et une senteur d’humidité. Ce lieu de villégiature était aussi fréquenté par des familles juives qui venaient se délasser et se divertir le jour du sabbat.

La ville était administrée par BEZOMBES, BELLOT et MONGEON, respectivement administrateur principal de la commune, administrateur des communes mixtes et conseiller municipal. Le siège de la mairie se trouvait en face de l’église. Le premier franco musulman qui dirigea cette mairie  fut NOUREDDINE Djelloul, élu en qualité de maire, officier municipal et accessoirement officier d’état civil. Il fut assisté par MM. Emmanuel HERNANDEZ, premier adjoint et Benfatima BENFERHAT, deuxième adjoint.

Durant les années 50, la correspondance était régulièrement assurée par un autocar appartenant à un juif qui transportait le courrier civil, mais aussi la solde des militaires en poste à AFLOU. La poste créée en 1919 était le service d’utilité publique le plus important. Ce service fut  initialement dirigé par un européen CASSAJUS qui fut le premier receveur chargé de la téléphonie et des opérations postales. D’autres figures lui ont succédé. Elles étaient chargées des mêmes fonctions et étaient toutes européennes. Malheureusement, ces personnes n’ont pu être identifiées en raison de l’insuffisance voire l’inexistence d’archives anciennes et parfois aussi des difficultés d’accès à la documentation de certaines administrations. Toutefois, d’autres personnes ont été connues seulement à partir des années 50 : François VIAL, Bernard REY, Jean RIVAS, Cougard LEON ainsi que Mme VESQUE.

Sur le côté droit de la poste, se trouvait la synagogue, sur une ruelle pas plus loin de l’école hébraïque  située au-dessus d’un bain maure appartenant à un juif. Cette école était ouverte à tous les juifs de la diaspora.

Deux écoles existaient durant l’occupation coloniale. Ces deux établissements étaient ordinaires et identiques tant par leur conception  architecturale que par le fonctionnement. Dans chaque école se trouvaient plusieurs classes allant du cours d’initiation aux cours de fin d’études, réparties entre le rez-de-chaussée et l’étage supérieur. Chaque école comprenait une grande cour de récréation et les sanitaires. Une cloche suspendue sous le préau ponctuait les horaires d’entrée et de sortie.

 Tous les européens et juifs d’AFLOU avaient passé leur jeunesse sur les bancs de ces écoles  L’école de garçons est séparée de l’école de filles par une route. Ces deux établissements qui existent encore  étaient construits en 1922. L’encadrement administratif comme la majorité du personnel étaient d’origine européenne et arabe. Les directeurs successifs qui gérèrent ces établissements laissèrent bonne impression dans la mémoire collective des Aflouèns. Nos ainés se souviennent de Charles HUBERT qui fut parmi les premiers à avoir enseigné et même dirigé ces établissements. Il fut mobilisé durant la première guerre mondiale et c’était M. TAHARI Boulefaa qui le remplacera dans cette noble fonction. HADJ Aissa Laid fut aussi parmi les premiers à avoir enseigné dans cette école.  D’autres figures  européennes et arabes ont continué à gérer ces écoles, entre autres : Jean MARCHAL, BREVUNE et FANTENEAU et enfin LARIBI. Ils furent incontestablement des hommes de culture, sévères et conséquents.

Parmi les enseignants ont figuré durant la décennie 1952-1962 de remarquables hommes et femmes. Il faut citer, entre autres : Mme Madeleine MARCHAL directrice de l’école de filles, Mme OBADIA, Mme TEMEM, M. FRANCOIS, M. AIT Said, M. GONZALES, M. Ali OMAR (nommé plus tard Ministre) M. ZAKKOUR, M.KHALIFA, M. RAZES, M. MAHMOUDI, M.BAKHTI,  M. POMONTI (d’origine corse)  M.KIESS qui fut le premier instituteur arabisant, M.MAZZOUZI et enfin  M. Alain DELANAUD qui était un instituteur modèle et un homme d’une stature imposante. Quant à M. BOUMEDIENE, originaire de Géryville  (aujourd’hui Elbayadh), était l’instituteur par excellence, élégant et cultivé. Ses qualités en firent un pédagogue distingué. Sans oublier Si MAHDI, ce concierge au regard candide, lui qui a connu toutes les vicissitudes de la vie scolaire durant sa carrière.

Tous ces enseignants qu’on appelait « Monsieur le Maitre » surent obtenir très souvent la confiance de la population et se virent témoigner, parfois pour leur dévouement, de véritables sentiments de reconnaissance. Ils ont imprégné d’une manière indélébile par leur travail, leurs idées, la mémoire de milliers d’élèves, car l’école reste pour beaucoup d’entre nous, le reflet de notre jeunesse ; elle nous appris en outre à nous connaitre mutuellement et à nous apprécier.

Beaucoup d’élèves, après leur réussite aux examens de 6ème et du certificat de fin d’études furent, à force de grands sacrifices, admis distinctement au lycée et au collège d’enseignement technique de Tiaret. Certains d’entre eux formés initialement par cette école, sont devenus des cadres supérieurs, entre autres : M. Ahmed ELIBRAHIMI, médecin lettré et grande personnalité historique  qui a occupé différents postes politiques et ministériels, Mlle Leila SABER, écrivaine qui habite actuellement en France et beaucoup d’autres qui sont cadres politiques, administratifs, financiers etc.

Il ne faut pas oublier aussi qu’une autre élite intellectuelle, tous lycéens, étaient instruits dans la culture française. Après l’indépendance du pays, ils avaient comblé le vide laissé par les français, en faisant fonctionner nos établissements scolaires. Ils symbolisaient la pérennité de l’école algérienne où plusieurs générations  ont été façonnées grâce à leur humanisme et leur dévouement.

« On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l’éducation » (ROUSSEAU).

N’oublions pas que les grands moments de notre vie sont éphémères, il faut y penser aujourd’hui de les immortaliser.  Une petite pensée pleine d’amour, sans haine et rancune, nous fera tous du bien. Un ami que vous connaissez surement.

L.Djelloul AFLOU 03  

 

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