LE MYSTERE BOULLEBA

LE MYSTERE BOULLEBA

J’ai été stupéfait, à chaque fois que je me rendais pour me recueillir au cimetière des trois marabouts, l’homme que j’ai connu il y a environ un quart de siècle est toujours là, au même endroit allongé sur le coté. Le corps entièrement dénudé exposé continuellement aux aléas de la nature et aux agressivités climatiques. Sa tête est couverte d’une chevelure ébouriffée et d’une longue barbe qui couvrent sa figure toute entière et tout son corps velu rend sa silhouette effrayante.

Ce personnage mystérieux et intrigant ouvre la voie à toutes les spéculations les plus fantaisistes. Les uns disent que c’est un ermite investi d’une mission que Dieu impose à l’homme de foi durant son parcours spirituel, qu’il est le protecteur de la ville, le roi de la ville etc.

Mais les avis ne sont pas partagés. D’autres disent que c’est un vagabond, un déséquilibré mental, un malade atteint de troubles obsessionnels, un mort vivant etc.

Personne ne sait vraiment son histoire et ses origines.

Qui est-il véritablement ?

Son histoire va probablement vous émouvoir.

BOULLEBA, de son vrai nom s’appelle Guettaf BOUHOS, originaire de Stitten, wilaya d’Elbayadh. Cet homme a un long parcours d’histoire. Il a participé à de nombreux services militaires. Il a été décoré et cité plusieurs fois à l’ordre du régiment pour ses remarquables actes de bravoure. Marié et père de deux enfants : un garçon et une fille qu’il a laissés en bas âge.

Il est venu à AFLOU en 1970 à la recherche du corps de son père chahid, tombé au champ d’honneur à la Gaada. L’amour d’un père qui n’a jamais vu et les recherches qui s’avéraient infructueuses pour retrouver son corps l’avaient mi en émoi.

Désemparé, il commença  à vadrouiller aux quatre coins de la ville pour soutirer un indice. En fin d’un parcours lassant, il trouva refuge chez Chaabane le kabyle et Hamou ZAOUI qui avaient pris soin de lui et  lui avaient ouvert un  cœur compatissant. Son état de santé commence à se détériorer sérieusement  en raison d’une  déception cruelle. Il errait dans la nature sans manger ni boire jusqu’au jour ou il trouve refuge dans le cimetière des trois marabouts. Il  survécut  miraculeusement à la tempête de neige qui a frappé Aflou en 1989. Après plusieurs jours on a repéré son corps enfoui sous la neige entre deux tombes.

Il avait été évacué sur Tiaret par les services sanitaires pour le faire admettre dans un établissement approprié, en vain. Quelques jours après, il se  retrouva miraculeusement au même cimetière, entièrement dénudé.

Dès lors, il demeure étonnamment replié sur lui-même et répulsif à cause de sa nudité dérangeante. Il se sentait  à l’aise au cimetière des « trois marabouts » un endroit mystique et isolé du monde social.

BOULLEBA sombra désormais dans l’isolement et la solitude, entouré de ses secrets que Dieu seul le sait.

  « La solitude est un enfer pour ceux qui tentent d’en sortir ; elle est aussi le bonheur pour les ermite qui se cachent. 

Il est devenu par la force des choses un saint local, fréquemment visité par des gens venus de  wilayas limitrophes et même de beaucoup plus loin.  Les intégristes le fustigent à cause de sa nudité.

Le culte des saints est très populaire chez nous. Beaucoup de naïfs croient encore aux invocations et à l’intercession adressée à des créatures. BOULLEBA n’est pas épargné, il est constamment visité et vénéré par la gent féminine.

 Le seul prodige qui lui a valu tout le respect et toute la considération de la population  c’est d’avoir la force de supporter sans fléchir les épreuves de l’endurance, de la souffrance physique et de la douleur.  Il est de ces hommes qu’on se prend à croire qu’ils sont immortels. Ni l’âge ni le temps n’avaient de prise sur cet homme hors du commun.

Physiologiquement  parlant, un être humain peut-il survivre au froid pouvant atteindre les -40° C  sans nourriture et sans abris? La capacité de résistance d’un organisme soumis à rude épreuve connait des limites.  Sans protection extérieure, BOULLEBA a survécu plus de 35 ans dans cet état inimaginable. Son corps entièrement nu exposé de jour comme de nuit aux morsures du froid et au soleil qui fait fondre le bitume.

Je rappelle à mes amis que  AFLOU est la ville la plus froide d’Algérie. Des roches entières sont désagrégées et dissoutes durant les grandes gelées nocturnes. Le froid d’Aflou est redoutable et funeste voire mortel pour l’homme. De très nombreux cas de mort par hypothermie  sont relatés dans les faits divers. Il suffit de vous référer aux anciens statistiques.

 Aujourd’hui, il  vit près d’un abri dérisoire, mitoyen avec le cimetière,   que la mairie a fait construire pour lui. Ce refuge sombre et étroit, sans porte ni fenêtre,  ressemble à un antre hideux et effrayant.

Les voisins que j’ai consultés sont unanimes. Cet homme n’a jamais parlé, n’a jamais toussé, n’a jamais demandé à manger et à boire et  le plus étonnant et qui donne à réfléchir chez ce mystérieux personnage c’est qu’il n’existe visiblement aucune trace d’excréments autour de lui. Cet homme ne s’est pas lavé depuis plus de 35 ans et pourtant aucune odeur désagréable n’émanait de sa personne.

Cet homme nous fascine. Il fait partie intégrante de notre société humaine. Aidez-le  à sortir de la souffrance et de l’isolement qui l’affectent  cruellement. Votre contribution humaine est un grand besoin pour cet homme. C’est un devoir qui relève de l’éthique de foi.  Priez Dieu pour lui pour que sa santé se rétablisse plus vite.

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 l.djelloul 03

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